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Bénin : Achat massif des terres ; Une menace pour les femmes rurales au Bénin  

Ben2Trouver la terre au Bénin sans en être directement le propriétaire est difficile. Lorsqu’on est une femme, c’est encore plus compliqué. Aujourd’hui encore, les femmes sont les maillons faibles du débat sur le foncier. Au-delà du droit à l’exploitation, c’est la survivance qu’assure l’exploitation fatale qui est en péril face à l’émergence des spéculateurs fonciers et des barons de l’agrobusiness.

Sandrine est à la recherche de terres à Kpomassè, à 50 km à l’Ouest de Cotonou. Avec une licence en agronomie et un business-plan bien élaboré, elle veut s’investir dans la production de tomates. Une activité rentable. Son objectif est d’installer une entreprise agricole, mais elle n’arrive pas à trouver l’espace nécessaire depuis deux ans.

A Bopa,  à une centaine de kilomètres au Nord-Ouest, Collette, mère au foyer, a été expulsée de l’espace cultivable qu’elle exploite. Son beau-frère l’a vendu sans l’informer. Elle tirait de ce qu’elle y produisait des revenus pour s’occuper des petites dépenses du foyer, sans attendre son mari. «Maintenant je ne peux plus», se lamente-t-elle. Pourtant, des milliers  d’hectares de terres en friche existent un peu partout dans le pays. Inexploités. Ils appartiennent à des opérateurs économiques nationaux et étrangers, des groupes religieux et surtout à des hommes politiques.  Ces derniers sont des directeurs de sociétés et d’offices d’Etat, des députés et des chefs d’Etat à la retraite et en exercice.

«L’achat massif des terres accentue la dépendance de la femme vis-à-vis de l’homme. C’est une menace pour la sécurité des foyers», dénonce Mohamed Salifou, ingénieur planificateur. Selon une étude menée par Minville-Gallaguer, en 2013, au niveau de l’Afrique de l’Ouest, à l’heure de l’acquisition massive des terres, le Bénin compte 240 000 ha de terres dans le cadre des acquisitions massives. Dans la commune de Djidja, l’un des greniers du centre du Bénin, 450 km2, environ 45,82% des terres cultivables sont concernés.

La terre est devenue un actif monnayable et rend difficile l’accès des femmes au foncier. Le code foncier et domanial de 2013 exige la formalisation de toutes les terres sous emprise du droit coutumier.  Dans la plupart des régions, les terres appartiennent aux collectivités dont les chefs décident au nom de tous. Spéculateurs et intermédiaires négocient auprès d’eux pour la cession. L’objectif est de les revendre ou les placer comme participations dans des sociétés commerciales. La femme n’ayant pas droit à la parole dans la tradition subit la décision des hommes. «La cueillette des fruits et le ramassage du bois étant des activités réservées aux femmes en milieu rural, les femmes en perdent l’exercice et donc le droit aux revenus substantiels qu’elles en tirent pour assurer leur autonomie», constate Mohamed Salifou. Les nouveaux propriétaires interdisent ces activités en érigeant des murs ou en recrutant des gardiens pendant que les fruits pourrissent dans les champs.

Quand la terre est mise en exploitation, c’est d’une agriculture industrielle qu’il est question. «Les femmes constituent la quasi-totalité de la main d’œuvre agricole dans toute la chaîne de valeur depuis l’entretien des champs à la commercialisation en passant par le semis, la récolte, la transformation et la conservation. L’utilisation des machines les privent des revenus qu’elles tirent de ces emplois», rappelle Simon Bodéa, secrétaire général du Syndicat des paysans du Bénin. Selon lui, l’absence d’une réglementation de l’agriculture industrielle menace les femmes et risque de détruire à terme la structure sociale des sociétés africaines.

«Toute la problématique de l’achat massif des terres se résume à l’impact sur la femme», confirme Mohamed Salifou.  «Les femmes connaissent mieux la valeur du foncier que les hommes», déclare Nestor Mahinou, Directeur exécutif de l’Association pour la mission intégrale des églises. Il donne l’exemple de Salamatou D. Gazéré, une paysanne de Djougou, à 500 km au Nord-ouest de Cotonou. Héritière d’un demi hectare de terre de ses parents, elle réussit à négocier trois hectares auprès de ses proches pour engager ses activités. Elle a remporté, en 2012, le prix de la Meilleure femme entrepreneur agricole dans le cadre de la campagne «Pain pour le prochain» devant ses consœurs du Venezuela, du Brésil, du Sénégal, du Cameroun et des Philippines. Un exemple qui doit convaincre les plus sceptiques.

Flore NOBIME

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