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Côte d’Ivoire Victor Naclan toure – Président par intérim du club Union Africaine

« Le gouvernant a fait l’erreur de s’appuyer sur le droit coutumier »

L’accès de la femme à la terre est-elle réellement garantie en Côte d’Ivoire ?

Depuis 1998, la Cote d’Ivoire s’est dotée d’une loi relative au foncier rural. Elle régit aujourd’hui la question de la terre. Cette loi en son article 1 donne la possibilité à toute personne physique ivoirienne de bénéficier d’un droit de propriété dans le domaine du foncier rural. Homme comme femme peuvent bénéficier d’un titre de propriété. Maintenant, dans les faits, il faut relever que la loi s’appuie sur le droit coutumier pour gérer la question de la terre. Or le droit coutumier dans certaines régions du pays ne favorise pas l’accès de la femme à la terre.

Dans beaucoup de communautés en Côte d’Ivoire, la terre est gérée par les hommes. Cependant, dans certaines régions comme à l’Est, les exigences coutumières sont encore plus souples. Des femmes sont détentrices de terre. Mais il reste que dans la région du Nord, Ouest, Sud-ouest, etc., la gestion de la terre est une affaire d’hommes. Malgré nos campagnes de sensibilisation les lignes peinent à bouger.

Y a-t-il des chances que les choses changent en faveur des femmes ?

Oui, bien sûr. Car il y a une porte qui est ouverte par la loi. Le problème se situe au niveau de la coutume. Dans certaines coutumes, les gardiens de la tradition nous font savoir que la terre, c’est une affaire d’hommes. La femme, pour avoir un lopin de terre, doit faire référence à son mari, son frère qui peut lui en conférer pour juste l’usage. Mais pas pour avoir un titre de propriété. Sinon la loi ne fait pas de distinction entre les hommes et les femmes sur la question.

Selon vous, quelles sont les conséquences de cette «exclusion» des femmes ?

Les conséquences sont nombreuses sur le plan socio-économique, culturel, politique, etc. La santé financière de la femme dépend de son activité agricole. Et si la terre sur laquelle elle mène cette activité n’est pas sécurisée, il va s’en dire qu’elle ne peut pas en jouir dans le long terme. Cette situation exclut la femme des activités économiques et sociales. Elle est obligée d’être dépendante de son mari ou d’un de ses frères parce qu’elle ne gère pas une propriété de façon durable.

A qui incombent les responsabilités?

L’autorité a sa part de responsabilité, dans la mesure où la loi qu’elle a prise, rien n’est fait pour la faire appliquer effectivement sur le terrain. Il appartient à l’Etat de faire comprendre aux usagers que la femme a les mêmes droits que l’homme sur la terre en dépit des règles coutumières. Ce sont des habitudes, des comportements multiséculaires difficiles à changer. C’est pourquoi il faut beaucoup de sensibilisation. Ce qui n’a pas été fait. L’erreur également a été de s’appuyer sur le droit coutumier. Les initiateurs nous ont fait comprendre qu’il s’agissait d’avoir un certain équilibre entre droit coutumier et moderne. Mais nous avons des motifs de satisfaction car dans certains endroits où nous sommes passés, des femmes ont initié des procédures d’immatriculation de leurs terres.

Entretien réalisé par A. TRAORE

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