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Guinée : femmes en milieu urbain ; Le calvaire des maraichères de Sonfonia

Entre une carrière d’argile et l’océan, à quelques encablures de la corniche nord de Conakry, un groupement de femmes de la commune de Ratoma mène des activités maraîchères. A les entendre, l’accès à la terre pour les femmes n’est pas seulement un casse-tête en milieu rural.

Au bout d’un sentier poussiéreux qui arpente la petite colline de Sonfonia-lavage, une plaine à perte de vue, presque aride, s’ouvre sur l’Océan Atlantique. Dans ce domaine public de 2 400 hectares, s’activent sauniers, éleveurs et cultivateurs à la recherche du revenu qui assure le pain quotidien. Dans ce milieu, les femmes s’activent avec ardeur à puiser pour arroser des plants. Les mains pleines de boue, les pieds nus, N’gady Soumah, présidente de leurs groupements, se précipite à la rencontre d’une femme qui se présente comme agent technique de la Commune dépêchée pour s’informer du travail des maraîchères.

L’arrivante n’a pas de peine à établir son constat. «Tout est presque sec», comme l’indique  Fanta Bérété, membre du groupement. L’agent  technique en tire une conclusion : ce nouvel endroit octroyé aux femmes n’est pas compatible avec la culture maraîchère pendant la saison sèche, à l’exception d’un lopin arrosé par une motopompe qui puise à partir d’un petit marigot. «La plaine est pratiquement aride. Il  n’y a que deux puits fonctionnels sur les dizaines que les femmes ont creusés», reconnaît l’agent technique Aïssata Sidibé. Et de noter que cette zone requiert un appui permanent du ministère de l’Agriculture pour que les femmes parviennent à atteindre les rendements souhaités.

Si elles ont atterri en cet endroit peu propice à leurs activités, les femmes ont été victime de la cession de la plaine de Kobaya à un promoteur immobilier. Dans l’inconfort de leur nouvelle situation, elles n’en finissent pas de ressasser les temps où elles menaient à bien leurs activités maraîchères sur ces terres fertiles. Faute de n’avoir pas pu se réadapter, certains groupements ont fini par abandonner pour se lancer dans d’autres activités.

La complainte des associées, N’gady Soumah la pose avec amertume : «Au lendemain de notre déguerpissement de la plaine de Kobaya, l’Etat a octroyé 15 hectares aux 26 groupements de femmes de Ratoma. Mais aujourd’hui il ne reste pas plus de huit groupements qui, d’ailleurs travaillent presque individuellement, parce que le domaine n’est pas entièrement aménagé.» Joignant le geste à la parole, elle ramasse une poignée de terre sèche qu’elle lance en l’air pour s’indigner : «Tout est poussière…». Dans leurs activités, les pertes sont évaluées à près d’un million de francs guinéens.

Ce déménagement dans la plaine de Sonfonia avait été alimenté par beaucoup de promesses d’appui de la part du gouvernement. Jacqueline Sultan, ministre de l’Agriculture, avait fait miroiter des appuis techniques et financiers qui tardent encore à se réaliser. Dans les rangs des femmes on pense que le retard serait lié au détournement des fonds octroyés pour l’aménagement de la plaine de Sonfonia. Elles entendent dire qu’une importante somme d’argent aurait été débloquée par le ministère pour l’Aménagement du domaine, mais n’en pas encore vu la couleur. Encore moins senti l’odeur.

Dans leurs malheurs, les femmes de Safonia ne sont pas seules. Au moment où elles se perdent en conjectures, leurs homologues de Bonfi, dans la commune de Matam à Conakry, manifestent pour faire barrage contre la construction d’un centre commercial dans leurs espaces agricoles. Fatoumata KANTE

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