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Maritanie: Femmes, parias de la terre

Le mode de propriété en Mauritanie est demeuré de type traditionnel qui ne fait pas de place aux femmes. La loi foncière précisait pourtant que « tout mauritanien, sans discrimination d’aucune sorte », pouvait accéder à la propriété du sol. Faudrait-il mettre les points sur les i, en précisant « tout Mauritanien ou Mauritanienne » ?

Dans les faits, les terres exploitées par les femmes – maraîchage ou autres cultures secondaires – sont mises à leur disposition, sans qu’elles en soient ni deviennent propriétaires, quoiqu’elles puissent introduire des demandes en ce sens auprès des autorités administratives. « Les femmes ont cependant accès à la propriété de parcelles de terre à usage d’habitation », précise Kadiata Malick Diallo, députée lors de la législature 2007-2013.

En Mauritanie, comme partout ailleurs en Afrique, les femmes sont à l’origine de 70% de la production alimentaire. Elles constituent la moitié de la main-d’œuvre agricole et prennent en charge 80 à 90% de la transformation, du stockage et du transport des aliments, ainsi que des travaux de sarclage et de désherbage. «Mais elles ne disposent d’aucuns droits fonciers», regrette Mee Lalla Aicha Cheikhou Ouédraogo, consultante en genre, développement et leadership féminin. Ces droits sont souvent détenus par des hommes ou des familles contrôlées par des hommes, et les femmes n’y ont généralement accès que par l’intermédiaire d’un parent de sexe masculin. Elles ne peuvent décider de l’usage de ces terres. C’est cette dépendance à l’égard des hommes qui place de nombreuses femmes en situation de vulnérabilité.

Des voix militantes commencent à se lever et tentent d’introduire ou de proposer des lois qui garantissent les droits fonciers des femmes, combattant les normes et pratiques sociales iniques. A cet égard, l’exemple vécu par les femmes qui exploitent les périmètres autour de la plaine rizicole de Boghé est édifiant. «Chaque année elles perdent une part importante de leur production de légumes, explique Lalla Aïcha, juste parce que l’unité de gestion de cette plaine, dirigée par des hommes, a décidé de fermer les vannes de la motopompe qui l’irriguait, faisant fi des cultures saisonnières poursuivies par ces maraichères. C’est pourtant cette production de légumes qui approvisionne le marché local, alimentant les familles de ces dirigeants masculins».

Des solutions diversifiées

A l’instar de ses consœurs militantes, Mme Ouédraogo attire l’attention sur l’importance et l’urgence de poser des actes forts et concrets, pour protéger les droits des femmes et combler leur déficit de représentation au Sénat, dans la magistrature, la diplomatie, l’enseignement et la recherche, etc. Ainsi atteindra-t-on l’objectif 3 des OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement) ratifiés par la Mauritanie, qui fixe la représentation des femmes, dans les fonctions électives administratives et autres mandats électoraux, à au moins 33%, à la fin de cette année 2015. Mais leur combat passe également par des voies plus originales.

L’exclusion des femmes de la propriété foncière agricole résulte, selon Sarr Mamadou Moctar, secrétaire exécutif du Forum des organisations des droits humains (Fonadh), «en premier lieu, de traditions coutumières qui vivent dans la tête des gens et non pas dans des textes règlementaires. Victimes d’un droit foncier ancestral, les femmes cherchent à obtenir et sécuriser leur accès à la propriété terrienne. Cela nécessite un vaste travail de sensibilisation et une discrimination positive en leur faveur», comprise et mise en œuvre par les communautés elles-mêmes.

Leur recours aux instances de la justice transitionnelle «ne pose pas problème. C’est même la plus sûre solution», estime Sarr, «car la justice classique n’est pas en mesure de régler tous les conflits collectifs. C’est précisément la justice transitionnelle qui permet de les régler, en tenant compte de certains principes : devoir de mémoire, vérité, justice et réparation, en vue d’aboutir à une réconciliation».

THIAM M.

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