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Sénégal : Délocalisation de l’aéroport de Dakar a Diass ; Interrogations autour de l’avenir des terres

L’aéroport Léopold Senghor est en passe d’être délocalisé à Diass (environ 40 km de Dakar). Dans cette perspective, l’Etat reste imprécis sur les affectations futures de ce domaine public très convoité.

Les populations riveraines, particulièrement de Terme Nord, dans les environs de l’aéroport, se heurtent à une rétention d’informations qui les pousse à craindre des affectations qui les excluent et les ignorent. Le gouvernement penserait à faire un aéroport régional ou une cité des affaires, mais aucune décision définitive n’est pas encore rendu publique. Du coup, l’heure est aux craintes et à la vigilance.

Lotissements ambigus, Absence d’implication des populations…

Terme Nord maintient le cap de la résistance

Des riverains de l’aéroport de Dakar vivant à Terme Nord ne sont pas indifférents aux actes posés par l’Etat, de même qu’aux occupations des terres de l’aéroport dont ils peuples les zones environnantes. Face au manque d’informations et à la prolifération des constructions, ils ont mis en place un collectif pour résister et garder le seul espace où ils espèrent étendre leurs habitats.

La zone en question est estampillée «servitude de l’aéroport». La vue sur le tarmac y est gratuite pour regarder les avions. Dans ce quartier de Terme Nord, les constructions en dur pullulent mais aucune d’elle ne compte un étage. L’architecture de certaines bâtisses est même édifiante sur le fait qu’elles datent de l’époque coloniale. Tout autour, les rues sont animées. Les jeunes, formés en équipes de football, s’alignent sur un terrain rocailleux et hostile aux pieds nus. Sueur dégoulinant sur les visages, ils cultivent leur talent de footballeur.

Terme Nord ou «Yoff aéroport» est une bourgade de 3 hectares, loin des yeux des passagers de l’Aéroport international Léopold Sédar Senghor (Ailss). Elle vit au rythme chaleureux des quartiers populaires de Dakar. Cette  terre qu’elles habitent, les populations l’ont «héritée» de leurs parents. Le hic est qu’elle appartient au domaine foncier de l’aéroport. Situé entre le hangar des pèlerins et la gare de frêt, Terme Nord symbolise ainsi tous les enjeux liés aux terres d’un aéroport sur le point de connaître  une délocalisation de toutes les activités aéronautiques à Diass.

Une telle opération aurait dû d’ailleurs avoir lieu dans le premier trimestre de cette année, mais connaît un retard. Tout comme l’Etat reste imprécis sur la prochaine utilisation de ce domaine public, fruit de titres fonciers et d’expropriation de populations dakaroises au début des années 1970, pour cause d’utilité publique.

A Terme Nord, les habitants, eux, ont hérité des maisons de leurs parents qui travaillaient à l’aéroport. Pour certains, c’était au moment où cette plateforme bâtissait sa renommée durant la Seconde Guerre mondiale en tant que base de transit des Forces alliées. Certains bâtiments jouxtant le mur de l’aéroport gardent encore le secret des débarquements des soldats américains à Dakar.

Un recasement à Diamniadio refusé

Les parties vierges de ce site aéroportuaire attirent. Les gros bonnets y arrachent des parcelles, alors que l’Etat expose les habitants originels à l’expulsion. Devant une telle situation, Terme Nord se réveille, agit et défie les éventuels accapareurs du modeste espace qui leur reste pour un éventuel projet d’extension.

Les pontes de l’ancien régime libéral se sont alignés à partir de l’hôtel Onomo jusqu’au hangar des pèlerins, malgré les exigences de sécurité aérienne. Aujourd’hui, ledit hangar est un barrage à ne pas franchir. Les populations se sont levées contre l’occupation de ce qui leur reste comme terres.

Un «Collectif de veille et de sauvegarde des intérêts de Terme Nord» est né. Il est sur le pied de guerre. Ses membres avaient morcelé l’espace en 180 parcelles, mais la Direction de la conservation des sols (Descos) n’avait pas hésité à tout raser. Une manifestation organisée par les populations, le 24 juin 2012, a cependant eu des effets. Lors du Conseil des ministres décentralisé à Ziguinchor, le 26 juin suivant, le Premier ministre avait confirmé la suspension du morcellement et des constructions sur cette réserve considérée comme «servitude aéronautique».
Au mois de novembre 2012, le préfet de Dakar d’alors, Ibrahima Sakho – il est l’actuel gouverneur de la région de Saint-Louis – prenait un arrêté pour confirmer la suspension des chantiers, mais aussi pour normaliser certaines maisons en construction aux alentours de l’hôtel Onomo.
Dans l’article premier de son arrêté, M. Sakho avait prononcé «la levée partielle de la mesure de suspension des opérations de construction ou de transformation d’immeubles sur les lots de terrain situés aux abords de l’Aéroport international Léopold Sédar Senghor, à l’exception des lots impactés par les servitudes aéronautiques». Le deuxième article de l’arrêté liste les parcelles impactées par les servitudes aéronautiques. Il s’agit du site réclamé par les habitants de Terme Nord où «la suspension des travaux ordonnée par arrêté n°165/P/Dk du 28 juin 2012 continue à s’appliquer».
Une bataille est gagnée, pas la guerre. L’Etat reste imprécis sur l’avenir des populations aux abords de l’aéroport de Dakar. Depuis, le collectif est l’unique mandataire des habitants de Terme Nord. Ses responsables sont impliqués dans une procédure et dans une concertation avec l’administration. D’ailleurs, décision a été prise de ne plus livrer d’informations, «le temps de rassembler tous les éléments du dossier», selon le secrétaire général du collectif, Mamadou Lamine Diagne. Ceci court depuis l’Assemblée générale tenue le 3 septembre passé.

Les 5 000 habitants de Terme Nord attendent de la part de l’Etat et du collectif la suite qui a été donnée à leurs préoccupations. Certains d’entre eux veulent que leurs espaces de vie soient immatriculés à leurs noms, si jamais les autorités déclassent ce domaine public. Ces dernières leur avaient proposé un site de recasement à Diamniadio. Ce que les jeunes et les femmes ont décliné. Ils l’ont vivement démontré devant les caméras lors de la manifestation de juin 2012. Etant seul maître à bord pour le moment, l’Etat peut délivrer des baux occupants à moins que les anciens propriétaires victimes d’expropriation viennent réclamer leurs terres. Ils peuvent procéder ainsi, si le motif d’utilité publique disparaît.

Un aéroport régional à Dakar ?

L’avenir du patrimoine foncier de l’Aéroport Léopold Sédar Senghor,  suscite des interrogations, dans la perspective de l’ouverture de l’Aéroport internationale Blaise Diagne à Diass. Au niveau des Aéroports du Sénégal (Ads), il est confirmé que toutes les activités en cours à Dakar seront transférées dans la future installation. Une source interne d’informer qu’un Comité de transfert y travaille.

Ainsi le décret 2012-462 du 23 avril 2012, abrogeant ceux «portant création et fixant les règles d’organisation et de fonctionnement de l’Agence nationale des Aéroports régionaux du Sénégal et dissolution de l’Agence des aéroports du Sénégal», ne précise point que Dakar gardera son aéroport à la suite de l’ouverture de l’Aibd. L’exposé des motifs éclaire sur beaucoup de points dont le transfert des activités aéroportuaires et commerciales à l’Aibd.

Le texte souligne : «A l’issue des travaux de construction de l’Aéroport international Blaise Diagne, les activités de l’aéroport Léopold Sédar Senghor devaient être arrêtées et transférées à l’aéroport Blaise Diagne. C’est ainsi que le gouvernement avait procédé à la dissolution de l’Agence des Aéroports du Sénégal. Face aux difficultés apparues dans la gestion dudit aéroport, un projet en cours d’exécution ne pouvant se substituer à une structure étatique, l’Agence des aéroports du Sénégal (Ads) doit être rétablie dans son rôle d’unique gestionnaire des Aéroports du Sénégal, par l’abrogation du décret n°2012-175 du 26 janvier 2012 qui avait procédé à sa dissolution.» 

Le premier vol devant décoller ou atterrir à l’Aibd effectif, que fera-t-on du magnat foncier ? La question ne met point à l’aise certains officiels si bien qu’ils choisissent de ne pas être cités. Selon une source proche du ministère des Transports aériens, l’Etat étudie les dispositions en vue de garder «un aéroport régional à Dakar, dans la mesure où toutes les grandes mé­­­­tro­­­­poles en ont au moins deux». Les travaux de sécurisation du mur de clôture sont enclenchés. Les mécaniciens de véhicules installés sur «l’ancienne piste» proche de Mermoz sont sur le point d’être déguerpis. Une indemnisation est en cours d’étude. Pourtant, certains d’entre eux ne comprennent pas l’opportunité de leur départ du site, à la veille de l’ouverture de l’Aibd. «Nous ne savons pas ce que l’Etat veut. Il devait plutôt penser à nous céder cet espace pour qu’on puisse travailler, dans la mesure où l’essentiel des activités seront transférées à Diass. Les choses ne sont pas claires. Comme tout le monde, en tout cas, on voit que tous les alentours de l’aéroport sont habités par des gros bonnets», déclare le mécanicien Moustapha Séye. Il est convaincu qu’un aéroport régional n’aura pas les mêmes proportions d’une plateforme internationale en termes de superficie.

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