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Cheikh Oumar Ba, Directeur Exécutif De l’IPAR (Initiative Agricole Et Rurale) au Sénégal

« Il faut sécuriser les terres »

Cheikh Oumar Ba, Directeur exécutif de l’Initiative agricole et rurale (Ipar) parle dans cette interview de la réforme foncière enclenchée au Sénégal. Il est lui-même membre de la commission chargée de la piloter.

Pourquoi est-il nécessaire d’opérer une réforme du foncier au Sénégal ?

Au Sénégal, la gestion foncière est régie par la loi de 1964. Or, celle-ci avait supprimé les droits coutumiers. En plus de cela, l’essentiel des terres sénégalaises n’appartiennent ni à l’Etat ni à la collectivité locale. Cependant, l’Etat a les possibilités de les gérer d’une façon ou d’une autre. Soit en évoquant l’utilité publique ou d’autres mécanismes qui lui permettent de continuer à les gérer.

Depuis 20 ans, l’Etat du Sénégal cherche à réformer le foncier mais n’y est jamais arrivé. Parce qu’il n’y trouvait pas son intérêt. Dans tous les processus qui étaient lancés, les autorités manifestaient un manque de volonté. C’est qui fait que ces processus ne sont jamais allés jusqu’au bout. Avec l’engagement de la société civile, le Sénégal a mis en place une commission nationale des réformes foncières. Celle-ci tient compte des carences des anciennes commissions pour mener à bien le processus.

Qu’est-ce qui va changer avec la nouvelle commission ?

Quand l’Etat entreprenait des réformes pour le foncier, il faisait appel à des juristes et des techniciens. Ceux-ci mettaient plus en avant l’aspect juridique. Ils travaillaient sur comment réformer la terre mais oubliaient pour qui réformer la terre. C’est pourquoi aujourd’hui, la nouvelle commission s’oriente vers une approche qui définit d’abord une politique foncière à partir de laquelle tous les défis et enjeux vont être discutés en sachant qu’il faut chercher des consensus. Mais qui dit consensus dit au moins renonciation à certains éléments sur lesquels on s’appuie. Par exemple si on demande aujourd’hui aux investisseurs de sécuriser leurs investissements, on ne peut pas en même temps ne pas demander aux populations locales de sécuriser les terres sur lesquelles elles sont. C’est pourquoi, il faut privilégier le dialogue et la concertation.

Quels sont les défis que se lance la commission ?

Le défi majeur est d’arriver à une réforme qui soit approprié par l’Etat. Parce qu’on a eu beaucoup de lois au Sénégal mais souvent, elles ne sont pas appliquées. La dernière est la loi d’orientation agro-sylvo-pastorale qui prend en compte tout ce qu’il faut faire en termes de réformes foncières, du statut des exploitations familiales etc. Il est important que la société civile continue d’être alerte. L’autre défi est de trouver la manière de prendre en compte les réalités et les droits des populations locales tout en prenant en compte les besoins d’investissements.

El Hadji Fallilou Fall

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